Archive 2018: Quitte ton pays !

Seigneur, révèle-toi! « Fais-moi revenir, que je puisse revenir, car toi, Seigneur, tu es mon Dieu. » (Jérémie 31, 18)

Revenir? A quoi?

Plutôt – à QUI.

Je pense qu’il est temps de sortir de l’illusion que nos églises malades peuvent guérir en faisant ceci ou en produisant ça, en réalisant tel beau projet ou en organisant de chouettes rencontres. C’est le temps – et il presse – de revenir à Dieu, non pas pour ce qu’il pourrait nous donner, mais pour lui-même. C’est le temps de dire à Dieu : « Manifeste-toi! »
Pas nécessairement par de l’extraordinaire, des miracles, des guérisons…Si c’est ça que tu veux, Seigneur, vas-y ! Mais surtout crée, recrée en moi, en nous, une soif. La soif de toi.

Je ne te demande plus de bénir nos projets. Je veux connaître les tiens. Je ne veux plus me contenter d’un « nouveau » qui doit venir de moi, et qui sera toujours seulement plus de la même chose. Tu m’appelles plus loin avec toi, tu me donnes soif du vin nouveau de ton Royaume ; s’il te plaît, viens le donner !
Je ne le connais pas encore très bien, ce vin nouveau. Mais j’y ai déjà goûté et je sais : il a le caractère et le goût d’une totale dépendance de toi. D’une écoute intense, individuellement et ensemble, de ta voix, de ton Esprit. D’un désir d’aligner ma volonté sur la tienne, dans la confiance que ta volonté est bonne puisque toi, tu es bon.

Pour m’aligner sur ta volonté tu m’appelles à discerner : comment savoir ce qui vient de toi? Comment le distinguer de ce qui vient de moi ? Oui, tu travailles avec ma pâte humaine ! Mais mes idées et mes critères, ma culture et mon éducation, ma manière de penser, mes émotions, mes blessures et les « allergies » qui en découlent risquent constamment de prendre le dessus, de dominer. Apprends-moi, Seigneur, à ne pas confondre ma perspective, aussi louable soit-elle, avec la tienne. Je crois que ça s’apprend sur le tas, quand j’ose expérimenter, tout en sachant que je peux me tromper. Mais tu l’as promis : si nous cherchons ton Royaume, de tout notre coeur, nous allons… le trouver!

Seigneur, ça me fait aussi peur, et je sens une vraie résistance en moi. Car ton Royaume n’est pas dans une continuité confortable avec mon regard et mon fonctionnement. Il y a une rupture.Une rupture entre ta Réalité et la mienne. Entre la clairvoyance du Royaume et mes illusions (Matta El Meskeen). Tu me rappelles constamment cette rupture qui nécessite un changement total de regard. Comme pour Abraham : « Quitte ton pays, pour aller vers le pays que je te montrerai » (Genèse 12, 1-2). Quitter pour être béni et être en bénédiction pour les autres…

En Matthieu 11, 28-30 tu le dis avec d’autres mots : « Apprenez de moi ». C’est comme si tu disais : « Apprenez-moi, prenez-moi en vous : ma manière de voir, d’être et de faire. Et vous trouverez le Père, et avec lui le repos, vous qui êtes fatigués, car chargés de l’idée qu’en réalité, tout dépendrait de vous. »

Apprendre, prendre… –  Seigneur, c’est d’abord  me laisser décharger. De ce qui n’est pas toi, ne vient pas de toi. C’est là que tu m’appelles à « jeûner » : je ne peux pas porter deux jougs en même temps. Mais c’est là que le bât blesse, car je me suis tellement fait à l’ancien joug que je ne sais plus comment envisager la vie sans lui, même s’il s’est avéré lourd et encombrant. Pour me libérer, ton Esprit doit d’abord me le montrer en vérité, comment ce joug m’empêche de me rapprocher de toi, de vivre  –  pour que j’aie envie de m’en débarrasser ! Ton Esprit doit démasquer mon refus caché de dépendre de toi. Ma fausse caricature-autonomie, mon illusion d’autarcie, selon laquelle je pourrais fonctionner très bien aussi sans toi. Tout ce qui est en dehors de la communion avec toi, ma « chair qui se révolte contre Dieu et sa volonté » (Romains 8, 7-8) doit mourir … mais elle résiste ! Le vieux vêtement ne supporte pas ton étoffe neuve, mes vieilles outres ne sont pas adéquats pour contenir ton vin nouveau (Matthieu 9, 16-17), mais qu’est-ce que je me fatigue souvent à garder les deux !

Seigneur, il y a mon autarcie et sa dynamique, où je dépends d’abord de moi, et toi tu dois donner un coup de main. Et il y a ton Royaume et sa dynamique, où je dépends d’abord de toi, où je fais simplement ce que tu me demandes. Entre les deux il y a une réelle animosité. Ton désir de nous transformer implique un réel combat, pour toi comme pour moi, pour toute ton Eglise ! Et dans ce processus nous risquons bien de perdre quelques « plumes » qui nous sont chères ; d’où notre résistance. Oui, maintenant je parle en « nous » :

Si nous décidons de soumettre notre intelligence à ton Esprit, non pas pour la balayer bien sûr, mais pour que tu puisses la sanctifier, lui rendre sa splendeur, sa lucidité, son discernement justement  – quelles seraient les conséquences, par exemple, pour nos études de théologie ? Qu’est-ce que le tout-puissant « ON » va dire ?! Ne risquons-nous pas de perdre notre place d’être bien vus, d’être considérés comme « sérieux » ? Notre réputation d’être  « ouverts » à toute autre approche ? Au moment où nous quittons les critères du monde, le monde pourrait bien nous enlever son soutien. Et cela fait mal.

Si nous soumettons nos désirs, nos émotions, nos besoins réels ou fictifs à ton Esprit, ils vont perdre leur toute-puissance. Quelle liberté ! Mais aussi : quelle révolution ! Lorsque tu nous invites à sortir de notre état de victime-qui-subit, à prendre position, à choisir, à TE choisir avant tout, c’est comme si nous sortions de prison. Mais à ce moment-là nous sommes aussi en opposition directe à tout ce que l’esprit du temps réclame et impose. Et ça fait mal.

Si nous exposons notre message au feu de ton Saint-Esprit, ce message risque de moins bien passer, en tout cas dans un premier temps. L’amour divin que nous proclamons n’est-il pas devenu un peu confortable, automatique, mais alors aussi un peu vague et ennuyeux ? Où est ton Amour qui peut tout brûler sur son passage pour nous transformer à ton image ?!

A propos d’amour… n’avons-nous pas trop souvent réduit ton Evangile à un message de valeurs et d’amour du prochain? Au lieu d’inviter d’abord à l’Amour pour toi, le premier commandement ? Amour dont découle un amour pour le prochain et pour nous-mêmes, mais plus audacieux et plus aventureux ?

Seigneur, en me posant toutes ces questions (qui sont aussi les tiennes ?), je n’ai plus envie de chercher le compromis, ce qui soi-disant rassemble. Mais d’oser retrouver le mandat prophétique que tu as confié à ton Eglise. Celui qui dévoile les fausses images, les nombreuses façons de te voir mal, d’être « à côté de ta Réalité » –  et donc dans le péché !
Celui qui dévoile notre tendance à t’adapter à nos critères, à notre « spiritualité », au lieu de te chercher pour qui tu es : coûte que coûte.

J’ai envie de m’arrêter pour savoir que tu es Dieu,comment tu es Dieu. J’ai envie (mais aussi peur…) de quitter le discours politiquement correct, où tout le monde peut dire sur toi ce que tout le monde veut et où tout le monde a raison.
Seigneur, je suis et je reste encore piégée par l’illusion. C’est ça qui est le plus dur pour moi, et tu le sais bien. Ton adversaire se glisse pour ainsi dire devant toi, réclame être toi, réclame que tu es comme lui, que tu ne veux pas notre bien. Comme à la racine de l’humanité, il tord ton image, ta réalité. D’abord en question(l’hypocrite !) : « Dieu vous a sûrement dit que vous n’avez pas le droit de … ? »  –  Au début l’être humain résiste encore : « Non, c’est pas ça. Dieu a dit autre chose, pour notre liberté. »  –  Puis l’adversaire va jusqu’au bout de cette illusion et proclame : « Non, ce n’est pas pour votre liberté. C’est pour vous garder petits et minables. Mais moi je vous dis, écoutez-moi … je vous dis la vérité sur Dieu et sur vous … » Et l’humain tombe dans le piège, il confond les deux réalités. Apparemment il n’y a pas de neutralité : on croit et alors on suit ou bien l’un –  ou bien l’autre.

Moi aussi, Seigneur, je tombe dans le piège. Je te confonds avec l’adversaire. Je le laisse se projeter sur toi et tout à coup, tu me fais peur, car je vois un tyran qui exige froidement des choses. Ou je vois un « mou » souriant mais sans puissance et passif, donc moi je dois tout assumer moi-même. Je te vois comme rigide, ou arbitraire, ou distant, ou accusant sans cesse. Ou comme gentil mais un peu irréel, trop éloigné de mon existence pour y avoir vraiment quelque chose à dire. Bref, je ne te vois plus comme toi. Alors je prends distance, ou je fuis. Pardonne-moi, car toi, Jésus, tu as montré comment résister, tu révélais le Père en résistant :  à la fausse question du tentateur (« Tu es le Fils de Dieu, vraiment ?! »), comme à sa fausse proclamation (« C’est moi qui peux te donner … ce qui vaut vraiment le coup… »). Et Dieu était glorifié. Et toi avec ! Alors, à ta suite et avec toi, je veux revenir, me re-convertir au Père comme il EST. Je veux proclamer qu’il bon et fiable, patient et persévérant. Et que toi, Jésus, tu es le seul chemin, la seule vérité et la seule vie, le seul salut et le seul espoir. Et que toi, Saint-Esprit, tu vas me révéler toute cette vérité jusque dans le dernier coin de mon être.

Seigneur, je te confesse mon aveuglement, et les dérapages et la peur qui en résultent. Je te demande pardon. Je renonce à croire l’adversaire, je renonce à entrer dans sa dynamique destructrice. Je jeûne !
Et je prends ta nourriture : je te prie de me, de nous faire redécouvrir TOUTE ta réalité et non pas le tri qu’on en fait constamment.
Mon cœur a soif de brûler en moi, en t’entendant parler en chemin à ton Eglise, en nous ouvrant les Ecritures (Luc 24, 32).

Alors je t’implore : Viens Seigneur Jésus. Donne-nous ton Saint-Esprit, réalise ton Projet : Fais de nous déjà « Nouvelle Création! » en toi (2 Corinthiens 5, 17), même si l’accomplissement définitif reste encore à venir. Donne-nous ton Royaume, en route avec toi et avec nos frères et sœurs.
Viens Seigneur Jésus. Enlève tout ce qui nous éloigne de toi, donne tout ce qui nous rapproche de toi, enlève-nous à nous-mêmes, et donne nous tout à toi.

Toi seul tu le peux.

Toi seul tu le veux.

Mais tu donnes la soif de le vouloir avec toi.

 

Hetty Overeem, pasteure de « Evangile-en-chemin »

 

« … dans la paix de te présence : en reconnaissant ta réalité, en te donnant ta place et en prenant la nôtre. » (Voir prière de lundi)

 « Tu ne veux pas ces ‘il faut’ sans relâche,
cette autarcie qui remplace ton Esprit.
Tu me préfères comme je suis, dans mes failles  –
tout nu devant toi, sans aucune prétention …
C’est là que l’Amour va fêter sa victoire,
et que ta Bonté triomphe sur le mal ! »  (Voir prière de mercredi)

 « Tu veux que nous quittions nos illusions : nos fausses images et les pensées, sentiments et comportements qui en résultent  –  pour te chercher et te trouver, toi ; pour t’aimer de tout notre cœur, te servir en toute liberté, et ainsi nous retrouver et nous aimer nous-mêmes, et retrouver et aimer notre prochain. » (Voir prière de samedi)